09/12/2018

Avant



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textes en cours de publication

Reports



Ces formes brèves aux apparences naïves
et pourquoi pas populaires et chantantes
sont sans prétentions, ni corrections


le 7.10.2018


c'est dimanche
on dit ce qui est là
c'est à dire rien

on était tellement crevé
qu'on n'a pas entendu les cloches
pour une fois, c'est cool

il fait gris et gris c'est ce qu'on voulait,
sans nuances, pour une fois, ça tombe bien
on sort pas
on bédave
on se tiens chaud
on lit des textes
on fait des bonhommes qui gonflent des pneus
on dessine des garages ou des cirques
on distribue les dernières nouvelles du crocodile
c'est à la fin du livre.

un jour sans rien
qu'on s'est pas tiré dessus ou quoi
ni qu'on s'est cassé le dos encore
à ramasser les patates, les prunes
à porter des litres d'eau, de malt, brasser
à fabriquer des images, des sens de lectures

ni jeté des trucs à la gueule
des mots ou autre
à faire des livres, écrire ça
on écrit ça,

pas besoin.
on n'a rien foutu d'aujourd'hui
et c'est temps mieux.

instauration des jachères
et des temps perdus.

vous n'aurez qu'à finir l'histoire,
si vous y tenez.

le jour se lève il est 16h30.

remaniez,
le printemps s'achève,
on est en octobre.

on avait gardé nos short,
putain l'état,
l'état actuel.

- on fait pas semblant tu sais,
- on se cultive pas


on n'a pas la place pour parler,

on a des mots comme :
stagiaire.

on a des mots comme :
bif.

on n'est pas spécialistes,
on sait pas,

sauf que,
des mots qui s'éteignent,
c'est pas bon signes,

on sait ça,

alors on préfère se taire,
tu vois.

on veut pas voyager comme ça

on fait des phrases qui ressemblent aux autres
des phrases quelconques,
une écriture quelconque.

mais on ne vit pas d'amour,
et l'eau n'est plus très fraîche

chaque jour se déclare,
comme une guerre

on partage,
peu de mots,
peu d’appétit,

ou des désirs de tables pleines,
et débordantes, la plaine,
d'alcools en tous genres et d'assiettes
sauvages, palplanche, c'est prêt,
à table, émeute !

On noirci la carte,
on ne pensait pas y aller,
c'est pour ça,
là,

perdu là,
loin d'ici.

on ne s'éclate pas,

à se faire prendre

au jeu de ton manque,

on dose

on va s'étaler,

ne pas trop en raconter.


___



le 24.11.2018



ministre de l'intérieur n'est pas inquiet
police tire balle de caoutchouc

10h45 premières barricades
un feu plié trou le sol en tranche

le dress-code c'est signalétique
ambiance logistique 90

12h25 camion blindé
ministre n'est pas inquiet
mais blanc comme un cul

acab et A écrits sur restaurant
les champs changent de gueule

ça cri démission
ça cri destitution
ça sent sédition
et pneu qui brûle
et gaz au poivre

niquer paris est le chant
les bourgeois se rassurent entre eux

sur les plateaux on fait venir un spécialiste
de la gauche radicale
qui dit que c'est la droite

on dirait des enfants à l’abri
dans une cabane sous l'orage

pendant que ça pète
j’étends le linge

je prépare le repas
la journée devrait être longue

barricade défaite
barricade refaite

14h c'est l'anarchie
dit quelqu'un
qui le dit à quelqu'un

ça dépave ici et là
une femme dit que c'est le début
d'une révolution

foule prend possession
de la devanture
du magasin
pour fabriquer
barricade
non ignifugée

cocktails molotov lancés
sur les CRS
à hauteur du Disney
Store

prise des engins de chantier
pour pousser les barrières

certain disent vouloir renommer
les champs élysées
en avenue de la révolution

on entend que pour parer l'émeute la nuit
l'état va déployer ses milices sans uniformes

les flics hésitent
les riches à la télé font semblant
de comprendre

nombreux blessés
paris france hospitalité

la population charge
les nuages se dispersent

le soleil brille
sur les flammes de la terrasse
du café george V
ou de la grue
ça va jusqu'à saint lazare

22h17
après la douche
et le repas
on lit

retrouve moi

de browne


___


Entre le 24.11 et le 07.12.2018


il n'y a pas mille deux,
ni même cinq cent,
à la fin du mois,
et des temps,

on ne fait que compter
les jours, les heures,
ce qu'il faudrait,
ce qu'il manque,

puis on fini,
par ne plus compter,
que sur nous même,

aucun dispositif,
même d’exception,
ne résiste,
à la colère,
de cinq mille corps,

mon quotidien,
improvisé,
de derniers actes,
sur tes murs en faille
viandes démobilisés,

il n'y aura plus rien,
pour nous tenir en respect,

je ne dors plus,
c'est la chance,
qui se lève tôt,

notre économie,
est sans limite,

et nombre d'entre tous,
ont trouvé en fin une voie,
de professionnalisation,

casse et désordre en tous genres,
dis tu,
voilà une intermittence en or,

pas de tickets césu,
mais de nombreux avantages,
temps partiel et taux plein,
par-brise-parpaing,

et chaque matin,
la faim,

ah tiens,
revoilà les miettes,
pendant que les immeubles s'effondrent,
c'est la police que tu augmentes,

pour que ce peuple crève,
c'est la soupe au mérite,
contre 3% de plus,
ajouté au moins,
si jamais,

et j'effrite,
comme pour taire,
toute la haine,
que l'on traîne,
conditionnelle,
et en sursis,

leur fonction,
c'est t'empêcher,
empêcher toi,
et tous ceux que tu es,
de nuire à ce qui t'es fait,

c'est trop tard,
est ce qui est dit,

alors,
c'est depuis trop tard
que l'on parle désormais,
que l'on écrit,

ton état,
dit-de-droit,
agenouille ses enfants par millions,

et c'est proche du lycée Saint-Exupéry,
à la J à l'envolée,
qu'on te demandera de dessiner
le plus rapidement possible
et les yeux bandés,
un mouton,
un mutin,
une commotion,

on peut niquer ta mère de poésie,
et ses formalités,

j'écris depuis ailleurs,
depuis cette révolte sans style,
faite avec ce qu'il y a,

on fait ce qu'on peut,
et pas toujours ce qu'on veux,

c'est ce que dit la chanson,
que tu n'écouteras sûrement pas,

les murs tombent,
et personne,
ne rendra docile une ruine,

les murs tombent,
les rats se déplacent,
rats que nous sommes,
rongent tout ce qui passe,
pour la forme,

et feu le président,
se souviendra d'une soirée,
avec la pyramide en fond,
un jour de pluie à paris mais,

il n'aura fallu que quelques saisons,
pour te faire part,
de l'ultime remerciement,

je me souviens assez facilement,
tes paroles de vomi,
au sujet de la jeunesse
et de ses compromis,

mais pour aujourd'hui encore,
on vit, 

(...)


___




Courant octobre, La vie manifeste à publié le texte
LOTISSEMENTS, naissance de l'abondance.
lisible ici : http://laviemanifeste.com/archives/11869





07/10/2018

C’est toujours autre chose




Il est bien difficile de trouver les équivalents de nos désirs les plus inexprimables, mais nous tenterons d'en indiquer quelques points essentiels.

Nous avions veillé toute la nuit, à nous sentir debout tous seuls.

Voilà un monde chancelant qui fuit.

Qui n’oubliera pas son premier amour ne reconnaîtra pas le dernier. Voilà un monde mutilé et des médicastres littéraires en mal d'amélioration.

Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l'audace et la révolte, debout sur la cime du monde. Nous seuls sommes le visage de notre temps. Nous repousserons toute tendance.
Haïr sans compromis le langage préexistant ; la vie est là.


Nous étions plusieurs qui avions abattu le temple ; nous avons voulu partir ensemble et nous partons. Nous n’avons guère l’espoir d’être heureux, ni la prétention d’être des vainqueurs. C’est à l’aventure, c’est au grand hasard que nous nous en allons.

Des chemins il y en a beaucoup. Allons, vous autres, mes camarades, nous sommes là, égarés. Nous ne croyons plus à grand-chose – nous croyons tout de même à la beauté et à la souffrance – cela suffit.

Ici nous avons le droit de proclamer car nous avons connu les frissons et l'éveil. Nous n'envisageons plus la structure verbale et la prononciation des mots selon les règles de la grammaire, étant donné que nous ne voyons dans les lettres que l'orientation du discours.

Nous avons ébranlé la syntaxe jusqu'à ses fondations mêmes. Nous nions l'orthographe au nom de la liberté de chaque cas individuel. Nous sommes certainement des Barbares puisqu’une certaine forme de civilisation nous écœure.

Nous méprisons la gloire : nous connaissons des sentiments ignorés avant nous. L’ Art et la Guerre sont les grandes manifestations de la sensualité. La luxure est une force, parce qu’elle affine l’esprit en flambant le trouble de la chair.

L’œuvre d’art est l’art du mot. Il y a une littérature qui n'arrive pas jusqu'à la masse vorace. Nous allons répandre l'anarchie là où l'impulsion vers l'avant n'est pas encore arrivé.

Qu'elle crève donc, la forme nouvelle, qui n'est nouvelle que pour cacher l'ancienne essence. En art peuvent exister des dissonances non résolues.

Chaque bruit a un ton, parfois aussi un accord qui domine sur l'ensemble de ces vibrations irrégulières. Le futur est derrière nous.

Nous lançons l'Humour à la gorge de l'Humour. Suscitons une Guerre Civile entre les singes pacifiques. L'instinct de l'Art est en permanence primitif. Ou plutôt, il n'y a pas de révolte, c'est un état normal. 

Le pigment primaire de la poésie est l'image. Ce qui importe, c'est la liaison et que, tout d'abord, elle soit quelque peu interrompue.

Le mot est une affaire publique de tout premier ordre. Tout l’art, tout le métier, tout l’esprit artistique, en tant que beauté, ne sont qu’oisiveté et mesquinerie.

Nous nous tenons aux carrefours des lumières, alertes, attentifs, en guettant les années, depuis la forêt. Nous ne reconnaissons aucune théorie. Nous en avons assez des laboratoires d'idées formelles. Ici nous jetons l'ancre dans la terre grasse.

Faites du monde votre Salon. Il n'y a que le contraste qui nous relie au passé. Nous n'admettons plus que nos corps soient déchiquetés au nom de l'impérialisme de la civilisation.

Les écrivains qui enseignent la morale et discutent ou améliorent la base psychologique ont, à part un désir caché de gagner, une connaissance ridicule de la vie, qu'ils ont classifiée, partagée, canalisée ; ils s'entêtent à voir danser les catégories lorsqu'ils battent la mesure. Préparons le grand spectacle du désastre, l'incendie, la décomposition.

Nous faisons bouillonner la vie, puisque la vie bouillonne en nous. Nous avons bousculé le penchant pleurnichard en nous. Nous avons simplement le sens de l'action.

Seul le chômage donnera à chaque individu la possibilité de prendre conscience de la réalité de la vie et de s'habituer enfin à faire sa propre expérience. L'artiste n'est ni prolétaire ni bourgeois et ce qu'il crée n'appartient ni au prolétariat ni à la bourgeoisie mais à tous.

Depuis longtemps était donc venue l’heure de nous manifester. Mais pour avoir considéré que l’artiste doit poursuivre son chemin en silence, nous nous laissions arrêter par une fausse modestie, et nous n’avons que trop hésité. Voici venu le moment de nous lever, sans plus tarder.

L'insatisfaction perpétuelle, voilà notre destin. La lutte en avant, voilà notre forme de vie. Tout acte est un coup de revolver cérébral.

Nous assistons en ce moment au spectacle de nous mêmes. Nous affirmons que l'avenir de l'art est la négation de son présent. Toute œuvre d'art prolétarienne n'est rien qu'une affiche publicitaire pour la bourgeoisie. Nous grandissons.

Plus encore que le patriotisme qui est une hystérie comme une autre, mais plus creuse et plus mortelle qu’une autre, ce qui nous répugne c’est l’idée de Patrie qui est vraiment le concept le plus bestial, le moins philosophique dans lequel on essaie de faire entrer notre esprit.

La poésie existe dans les faits. Les cabanes de safran et d'ocre dans les verts de la Favela, le souffle des nuits bleus, la garde mobile qui recule, sont des faits esthétiques.

Il n'y a pas de lutte au pays des vocations académiques, il n'y a que des costumes. Sur la récitation artistique il y aurait encore beaucoup de choses à écrire.

Le professionnalisme artistique ne saurait se maintenir plus longtemps. La violence à quoi nous nous engageons ici, il ne faut craindre à aucun moment qu’elle nous prenne au dépourvu, qu’elle nous dépasse.

Nous ne pourrions pas être créateurs dans un monde passif, c’est la lutte actuelle qui nourrit notre intervention. L’art de vivre et de jouir. Le grand danger du poème est le poétique.

Nous détestons la politique, ce crapaud galeux, car il n'est pas dans notre nature de faire le commerce d'esclaves, ni noirs ni blancs. Nous n’avons rien à voir avec la littérature, mais nous sommes bien capables, au besoin, de nous en servir comme tout le monde.

Le monde est un entrecroisement de conflits qui, aux yeux de tout homme un peu averti, dépassent le cadre d’un simple débat politique ou social. Notre époque manque singulièrement de voyants.

Depuis plus d’un siècle et demi la dignité humaine est ravalée au rang de valeur d’échange. Il est déjà injuste, il est monstrueux que qui ne possède pas soit asservi par qui possède, mais lorsque cette oppression dépasse le cadre d’un simple salaire à payer, et prend par exemple la forme de l’esclavage que la haute finance internationale fait peser sur les peuples, c’est une iniquité qu’aucun massacre ne parviendra à expier.

Ceci est notre dernier acte en commun; art et littérature ne sont pour nous que des moyens.

Exigez l’évacuation immédiate des colonies et la mise en accusation des généraux et des fonctionnaires responsables des massacres de tous les pays opprimés.

Nous n’acceptons pas les lois de l’Économie ou de l’Échange, nous n’acceptons pas l’Esclavage du Travail, et dans un domaine encore plus large nous nous déclarons en insurrection contre l’Histoire.

Nous sommes certains qu’il existe des jeunes gens autre que nous, capables de signer ce que nous écrivons et qui refusent – dans la mesure où c’est encore compatible avec la continuation de la vie – de composer avec l’ignominie environnante.

Nous lançons les bombes de nos poèmes dans votre hideux ciel européen. Nous ne rêvons pas. L'éclosion des élans crève au delà de nous. L'émeute est une émeute du moi dans l'âme et de l'âme au milieu du moi.

Tous les esprits morts-nés se gargarisent de révolution et d'anarchisme et ils rêvent d'une insurrection dans la rue, quand ils n'ont même pas su s'ameuter en eux-mêmes, contre l'éternelle stupidité de l'esprit ; qui a su ameuter son moi jusqu'à lui tirer le sang d'une larme en peinture ou en poésie ?

La poésie ne sert pas aux besoins. C’est toujours autre chose. Nous n'avons pas le temps de rêver. Une certaine habitude de ce vide façonne nos esprits de jour en jour.

Nous n'acceptons pas parce que nous ne comprenons plus. Pas plus les droits que les devoirs et leurs prétendues nécessités vitales. Dans les circonstances historiques que nous vivons, l’incapacité de tirer les leçons de l’expérience doit être considéré comme criminelle.

Nous sommes résolus à tout, prêts à tout engager de nous-mêmes pour, selon les occasions, saccager, détériorer, déprécier ou faire sauter tout édifice social, fracasser toute cage morale, pour ruiner toute confiance en soi, et pour abattre ce colosse à tête de crétin qui représente la science occidentale accumulée par trente siècles d’expérience dans le vide.

Parce que nous vous haïssons, vous et votre raison, nous nous réclamons de la démence précoce, de la folie flambante, du cannibalisme tenace.

Voici la première ébauche d'un communisme littéraire.

Le soir, quelques-unes des plus belles œuvres d’art produites aujourd’hui sont déversées dans les rues. Son but : agir dans et sur la vie quotidienne.

Il faut bien recommencer.

_

texte issu de 100 ans de manifestes
septembre 2018

09/09/2018

poème depuis la plage





il fait beau,
on est bien ici,
le fort de Brégançon brûle,
les premières poutres tombent,

on enlève nos chaussures,
en arrivant sur le sable,
on se regarde,
il fait beau,

les flammes dansent et s'élèvent,
sur les restes du toit,
du fort de Brégançon,
_
pendant que le jouet de Brigitte explose,
les chiens débutent à mordre leurs maîtres,
nous nous mouillons le haut du dos,
on dit que c'est le thermomètre du corps,

il fait beau,
on se baigne,
on n'a pas de travail,
séquestré dans ce monde,

les pins prennent le vent,
on enlève nos chaussures avant,

les bateaux prennent l'eau,
et l'équipage en lots,

quais des orfèvres la chaussée penche,
la diction est sourde,
c'est une scène sans texte,
sur les restes du toit,

on rentre,
dans le tas : au boulot,
on sort de l'eau et on s'essuie,

on laisse tomber,
on laisse tomber ce qu'on a,

et la chaussée s’engouffre dans la seine avec le quai,
plus de mille uniformes à l'eau ;
qu'on achève les autres.

on a trop soufflé sur les bougies
au château de Chambord,
les rideaux se répandent comme les cris,
le gâteau est définitivement cuit

il fait beau,
ça doit rire,
faut dire qu'on s'amuse ici,
qu'on fait de beaux poèmes

les pieds dans le sable,
on a retrouvé le président-directeur général,
mort depuis quarante jours

on se déshabille l'un à l'autre,
l’Élisée brûle aussi,
on se prend sur un rocher.

des organes en putréfaction,
décors les nouveaux murs de Chambord,
oui, petits nous construisions des châteaux,
pour le plaisir de les détruire,

et le vent et la chute,
nous sentons venir,

notre inhospitalité toute ouvrière,
froideur historique du travailleur,
en sommes,
tout ce qui pour vous caractérise,
notre manque de caractère.

sur la plage,
on se matte,
les internets sont coupés.

j'ai brisé ton crâne contre l'écran que tu tiens pour main, 
et nous rions.
nous faisons les poches à ceux qui passent,
on se maintien.

on roule un pli,
loin de tout on extrait
l' ivresse de la matière
que l'on transforme.

fusillade au palais bourbon !
on se fait un apéro.
le petit fini sa glace,
retourne un fourgon,

on à perdu nos papiers
on a arrêté de voter

c'est de notre faute,
s'il ne reste plus grand chose
des poutres et des tapis
du porc de Brégançon.

la piscine était infestée
de gardes du corps ne sachant nager,

se débattant les uns des autres;
le poids du calibre fait couler,
des trois pièces gonflés d'air,
puis d'eau,

l'eau rentre dans la montre et dans la bouche,
toute une vie à épargner.

c'est notre comédie,

il fait beau,
on se caresse,
on se lèche,

on compte le nombre de bulles 
qui remontent à la surface,

les restes des poutres feront de bons fusains,

le magasin est ouvert,
prêt de la plage,
on met nos chaussures,

il était fermé,
mais nous l'avons ouvert,

on menace de mort,
on fait de beaux poèmes,

on incite à l'émeute,
des ressources humaines,
préfectures carnages,
des exercices de vacances,

on fini notre assiette,

on cherche
à faire chanter le néant
dans lequel on est pris.

Néant fomenté,
triste chanson d'aujourd'hui,

on foule, on trou,
pelouse, parterres
parvis, places, squares, parcs,
marches, promontoires, toboggans ;
quelques glissements,

on foule à moitié nue,
la connerie des aménagements présents,

un gars casse à la masse,
là bas l'horodateur,
comme pour couvrir,
ou annuler le temps.

les heures peuvent se rallonger,
lors ce que les premières briques partent,

on est sur un rocher,
au milieu de l'eau,

lors ce que les premiers blindés s'envolent,
au bruit du souffle qui les aident,

c'est la panique pour vous,
on a les pieds dans l'eau,
pépère,

on ne s'absente pas longtemps,
on ne revient jamais,

les restes calcinés du fort de B.,
sont transférés au palais de T.

la route se fait,
on a les cheveux gras,
on a peu dormis,

le palais est réquisitionné,
dans la foulée,
les portes sont accrochées aux murs,
on s'expose.

on est bien là,
il fait beau,
on va faire simple.

l'eau coule sous les ponts,
la marée-chaussée restante s'affole,

on remplit le bidon d'huile,
le petit bidon,
dans le réservoir,
on accélère,

il fait beau c'est l'été,
on hiberne,

arrangé de tenir notre petit pied à terre,
à l'autre bout du monde et des doigts,

les journées passent,
on fini ce qu'il reste,
on fini le bout et,
on arrête,

la rentrée n'a pas eu lieu,
on a tous vaqué,

l'été on se chauffe le cul,
on snif le calcin,

on patiente l'empire tomber,
on se reluque,

attirés par l'air libre,
quant tout cloisonne autour,
empêche ici,
étouffe partout où ça échappe,

on est ça,

on écrit,
on conjure,
la rencontre fortuite,
d'un parpaing sur un gradé.

une petite carte pour toi,
sur les prospectives que je mène,

tu sais,
souvent je vois avant,

je t'embrasse,
pépère,




_


bévue d'été sans corrections,
aout 2018 sans protections. 

_
 
Texte re-publié sur le site Lundi Matin :
https://lundi.am/Poeme-depuis-la-plage-Justin-Delareux

07/09/2018

d'une autre façon


te dire ce genre de choses,
rejoindre les rails,
s'effacer dans la nuit,
dans le bois marécageux,
la zone humide,
mettre un pied devant l'autre,
transporter la graine,
le métal et la rouille que l'on traîne,
et de boucles basses rompues,
nous sautons de pneu en pneu,
nous marchons sur l'eau,
d'une autre façon,
il faut courir,
épuiser cette danse,
intériorisant l'en dehors,
se faire discret,
pour éviter les contrôles,
les morts,
avancer contre la marche, s'inverser
inverser l'en dehors de l'en dedans,
te dire ce genre de chose écrasé,
par une nappe algorithmique,
j'efface,
nous repassons la mélodie,
par la rythmique artificielle,
des temps que nous méfions,
traverser les marrais,
fouler les cendres encore chaudes,
ce qu'il reste de ta chambre,
ce qu'il reste du champs,
enjamber le bois brûlé,
après la destruction,
on compte les blessés,
on suture,
débris de route et d'étoffe
s'effacer dans la nuit,
tout autour comme des colons,
des fonctions mobilisées,
la pluie n’éteint pas le feu,
et nous perdons nos mots,
d'abattement,
tout autour comme des néons,
notre rage,
belle et patiente,
s'efface dans la nuit,
prépare, guète, attentive,
d'abattement,
(...)

mai 2018






 

Amorces



137- Lieu vide lieu existant comme forme ou idée du (d’un) lieu parmi – excès à lieu chose forme de temps (suite de-) descente poursuite cheminement du lieu des informations des rédactions lieu défilant défilement du temps dans un non lieu à retranchement à tranchée. Lieu vide diminuant lieu diminuant appeler ça- Lieu ou idée du- (à)


(...) Nos membres tombent et notre dos se courbe. Nous cassons de l’intérieur. Il se demande si il y a quelque chose à faire. Ou se retiens à tout ce qui pend. Nous nous entamons de l’intérieur. Je grappille un peu plus d’espace encore au fond. Je ne suis pas unique. Il y a quelque chose à dire, quelque chose à retenir. Notre départ reporté. Nous débutons encore. Parfois la nuit est terrible nous hurlons de larmes hors du cauchemar de la réalité. Tout est montage. Sédimentation. Un corps, une forme, l’existence matérielle. Ce sont les ronces communes. Alors nous viendrons mettre le feu, répandre le soufre, il faudra laver le sol, ouvrir les portes, faire de la lumière. (...)


14- Le vitriole mort l’image. La nuit ne passe pas.


Nous ne commençons pas à 7H30.



(...) La perception du temps peut coïncider avec l’appréhension des espaces. Il mène une vie de moine, son désengagement est total, dieu semble absent. Elle cherche dans le sol les friches, les lambeaux, elle cherche ce qui est partout, diffus, fragmenté. L’éclipse est l’omission décidée. Il y a le gouffre aux arbres. Le pont en dessous. Ce lieu sans nom. Ce qui nous est offert: le service encore. Des tâches incompréhensibles, l’absurdité partout. Nos propres tares, les roches que nous sommes. Si l’humour est devenu sadique, ou la vengeance. Les peurs guident les coups jusqu’aux choix. Ne rien mentir. Attentif, mon présent ses présents, ne sont qu’une succession de disparitions, la diminution constante des espaces, des corps. (...)


80- Grincement, pincement ( courbe osseuse pincée ), retour sur l’histoire du film précédent.
 ( suite illisible )


Contrôler les cadences. Annuler les cadences.



Nous commençons à 7H32.


(...) Ruiner le silence était une phrase entendue. Elle promène un bout de son temps. Était il possible de s’organiser. On marche contre quelque chose. Loin de la ville difficile de rendre compte du fracas de la ville. Il y a les images. L’arbre rouge. Des ruines fabriquées à l’écart de ruines en cours. D’autres déplacements. On cherche le silence non motorisé. Un accomplissement. Une réalisation. À présent. Il ne reste plus rien que le bruit des pas. Sur les feuilles lentes du temps recomposé. Rien que le cri des cimes. Rien que des départs prévisibles. Des chiens artificiels que l’on dresse fièrement. (...)


96- Déposer : chemin descendant ou ascendant selon position occupée par attente,
 nuits agitées : grises. Nuits déposées.


Nous deux dans la nuit ou dans le jour gestes et postures profanes, nous trompons le temps, elle nu et chaude frissonnante, elle abolie la durée, libère ses huiles. Son moteur est derrière souvenir deux pièces au bord d’une eau au chlore souvenir fumant du tissus mouillé qui révèle les creux.


125 : marche. Marche vers petit chemin descendant. Marche descendante, longer l’eau. Longer l’eau jusqu’au bord. Quitter le bruit artificiel du barrage. Quitter le bruit artificiel du train emporté par le vent. Quitter les routes. Retrouver les bords, lits de feuilles, les couleurs du temps. Être face à l’arbre rouge. Sujet stable, fixé face à l’arbre rouge, aux reflets de l’arbre rouge, à l’eau reflétant l’arbre rouge, l’eau me séparant de l’arbre rouge.


Entendre : le bruit des pas sur les lits de feuilles mortes
( mais non sèches )


(...) C’est la démission qu’il faudrait prendre à bras le corps. La passion serait de péter des systèmes. J’erre. Je m’en vais. Je suis en vie. La poésie est bouchée. Mais il manque l’amour. Et l’amour ce n’est pas forcément la joie. On nous range, mais le rang ne tiens pas. Elle nous rend le sommeil impossible d’un repos. Écrasé en soi. La vie diminuée. On commence par se faire repérer. Puis se répare ensuite. Nous sommes en ligne. Mon recul ma bouteille mon absence ce culot. Partout le libre échange du mépris. On a fabriqué l’écart social, l’école. Il fait des séries d’images, des collections. La fragilité des échanges impossibles, le son à fond, un cortège un corps, bloquer les routes, partager le thé, le centre, la rocade, creuser à la pioche, déblayer, serrer le chien, tenir la crosse, jusqu’à la glotte, parler dans le vide, dans le tube, faire péter, dormir debout, on est dans la merde. Le droit de commencer et de compter, il y a. Le report d’une page manquante, déplacée. (...)


- Avant le bruit de la première sonnerie nous sommes là,
face à la machine, au repos.

- Après le bruit de la seconde sonnerie nous sommes là,
face à la machine, au travail.



Le village est une route. La route passe. La route passe par le village. Le village est traversé par la route. Et des voitures parfois. Rarement des voitures. Rarement des villages. Rarement des passants. La route est longue et traversée par le vent. Le vent longe la route vite.


(...) On est la tête dans l’eau. Buttons. Nous remuons dans le froid. Je passe la porte. Le monde dispose de toi, un peu partout. Tu ne captes pas. Nous sommes hors réseau. Tu te demande le silence d’autrui. Sans mystique, sans gouvernement. Tu n’es pas courant. Nous avons changé de siècle. Tu ne respire plus dehors, tu envoies des messages. Penché, penchant, tombant, cassable. La faim donne froid, notre commune condition. Qui te dit de l’autre. En te remerciant. Notre cœur est enfant. Le trou d’eau déborde en lac dans le champs. On part de là. Un corps ce trou. Le monde est en crue, les pensées débordent. D’ailleurs, je ne suis d’ici. Je vais prévenir le feu que la pluie menace comme l’ennemi. Je vais observer d’où je suis. Je vais attendre. Je vais mourir comme le soleil chaque soir. J’étalerai la terre entre mes doigts. (...)



À 7H30 nous sommes garé.



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Amorces est le nom d'un texte en cours d'écriture débuté en 2017.
ici quelques extraits.


Sur Extrait des nasses


Article écrit par Frédéric Thomas, fin 2016
pour la revue Dissidences
au sujet du livre Extrait des nasses
paru aux éditions Al Dante en 2016



« Ils portent ainsi l’histoire silencieuse de l’humanité. Tout a été effacé. (…) On a tout repris du début. On avance malgré nous ». Ainsi s’ouvre le livre de Justin Delareux. Au fil des pages se précise un état des lieux, parfois teinté d’une vague ironie – « Pourquoi les habitudes des anciens sont devenues les devoirs des nouveaux » (p. 39) – le plus souvent marqué par l’expérience de l’effacement, de la perte et du deuil : « Ils sont enfants et déjà nostalgiques » (p. 40). Écrit depuis « la nasse », mot évoquant à la fois la souricière, le filet et le casier, il s’agit de tester, d’examiner ce qui passe, ce qui fuit, ce qui échappe. Ce qui lui est soutiré et qui ne peut se présenter que sous la double forme de l’extrait ; c’est-à-dire à la fois bribe, aperçu, et enlevé, arraché au piège.

Le titre confirme dès lors les conditions – conditionnements et prérequis – présentes de la narration, de l’écriture. « Notre bagage est plein et il nous faut aujourd’hui tant bien que mal poursuivre dans l’obscurité plate du langage. On se tient. L’écriture. Feu en main » (p. 27). Plus loin, il sera fait retour à ce « on se tient », précisant, prolongeant l’enjeu : « Tenir faire surgir » (p. 37). Tenir alors, et dans un même mouvement, cet « on », ce « faire » et cette écriture, d’où puisse percer une voie (voix) nouvelle.

Les pages délivrent aussi une dénonciation d’un monde sans histoire ni poésie, qui n’est pas sans affinité avec la critique de l’aliénation qu’avait, en son temps, développée l’Internationale situationniste. « Touristes nous visitons notre propre époque comme un musée » (p. 53). Il s’agirait encore et toujours de déjouer, de détourner, de déborder. « Une condition d’homme à rebours qui voulait inventer chaque jour des passions nouvelles, qui chaque jour voudrait en finir avec les mauvais jours qui recommencent. Une brèche qu’il fallait habiter. C’est juste. Mettre fin dès le début » (p. 56).

Ce début à partir duquel il convient de tout reprendre et, dans le même temps, d’arrêter, de précipiter la fin est peut-être avant tout, ici, l’écriture. Examen de la situation présente, Extrait des nasses peut également se lire alors comme l’esquisse d’une méthode. Dans la préface, Jean-Marie Gleize, plutôt que de fragments, préfère parler d’« Une langue déshabituée. À répétition fragmentée » (p. 10). La double référence – dans le texte et la préface – à Tarnac fait signe. Mais à partir de la question de la poésie, de celle qui tient et nous tient dans et contre cette nasse. « Reste quelques propositions sombres et lentes, la tentative d’un langage, un dispositif incendiaire » (p. 43). Tentative, qui se vérifierait dans la pratique de l’écriture, dans la répétition éclatée, au fil des pages, d’une expérimentation du feu ; de la possibilité de mettre le feu au langage (obscure et plat), à l’histoire (effacée) et à « la mécanique du temps », aux retours figés des mêmes débuts prémonitoires et à l’absence. « Écrire serait donc travailler dans l’absence, avec l’absence » (p. 50). L’absence serait ainsi enregistrée par l’écriture, mais aussi réactivée pour en faire un compagnon de route, en dégageant ce qu’elle autorise, fut-ce à rebours. « Il s’agit d’écrire comme une suite de petites fins en soi » (p. 60). Façon de se frayer un chemin, de marier la modestie de la méthode et l’ambition intacte du bouleversement.

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EXTRAIT DES NASSES
dans ART PRESS février 2017
critique et lecture par Véronique Bergen.
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JUSTIN DELAREUX OU LA POÉSIE-INTIFADA
par Véronique Bergen.
Explorant l’écriture, les arts plastiques, la musique, Justin Delareux livre avec Extrait des nasses un texte-intifada vertébré par la faim d’un autre monde. Brûlant d’un feu post-situationniste, ce texte-projectile performe ce que son titre annonce : l’extraction hors d’un monde rongé par la domination. Au fil d’une poésie insurgée, ce texte désentrave, déconstruit par un langage-acte ce qui nous emprisonne, lâche des flux de vie arrachés au régime de mort programmée. Si la nasse est un piège dont il faut s’extirper, tout est nasse, le système, le texte, le sujet. Si la nasse est un outil d’aliénation, une technique étatico-policière, elle est aussi une « machine de guerre » (Deleuze) qui se retourne contre ce qui amenuise nos libertés. « Écrivain en état de siège », l’auteur dispose une machine de guerre scripturale qui élit la forme du fragment ou, plus exactement, comme l’écrit Gleize, une « écriture « à fragmentation » ». Dans le maelstrom du texte, Tarnac se lève. Jouer Tarnac contre le tarmac des existences asphyxiées, c’est faire du texte un projectile. Delareux lance des phrases-rivières, retournées à l’état sauvage, des phrases-harets qui, ouvrant des brèches, activent un chant de vie. Parataxes, morcellement syntaxique, clins d’œil à Debord, Extrait des nasses invente un dispositif verbal incendiaire, un manifeste poético-politique de survie qui bêche les mottes de mots comme on retourne une terre. « La vie qui nous est proposée ne nous va pas ». Se chercher un autre temps libéré, c’est écrire pour ce renard « croisé sur la route de Tarnac », attaquer ce qui déboise les pensées et les corps, faire pousser des ronces sur les déserts de béton. Saluons la puissance d’un texte-sécession qui riposte à la mécanique grippée du temps, au spectaculaire intégré par un chant intempestif.

Entretien



Entretien croisé avec Bernard Noël, Florence Pazzottu,
Julien Blaine, Jean-Marie Gleize et Justin Delareux,
par Emmanuèle Jawad 

en deux parties,
ici même :


A-N





Entre 2012 et 2015 j'ai publié de nombreux textes sur le site Armée Noire, désormais à la dérive.
J'ai décidé en 2015 de clôturer mon compte sur ce site et de disparaitre.
J'ai récolté 133 pages et publierais ici même quelques archives.

 

Sillonner.



Je suis homme éclaté. Il me faut freiner pour freiner pour. Calmer. Nous ne pouvons qu'essayer. Même si. Freiner. Se ralentir. Se voir ralentir pour. Pour comprendre le monde. Pour comprendre et voir freiner. Calmer soi au monde pour. Mettre à plat le monde rond. Me recomposer. Je suis éclaté. Je suis cultivé. Occupé. Sillonné. Je me suis fait creuser. Séparer. Il faut freiner pour vivre. Il me faut penser. Évacuer la frénésie du temps hors de moi le temps. Il me faut rassembler mes propres morceaux. Faire de petits tas. Comparer les hauteurs les contenants. Trouver dans chaque tas un sens ou plus. Même rassembler les tas si il faut. Il faut sûrement être tout entier pour écrire. Et écrire pour être tout entier. La pensée passe comme la phrase. L'un dans l'autre. Je pense et cette pensée désorganisée en moi éclate et me fend. Fendu en dix lieux. Tous plus loin. Tous plus incompréhensibles. Tous d'une langue folle et désordonnée. Désapprendre c'est reconnaître ce champ retourné en moi. Ce champ piégé de trous et de fers. Ce champ électrique. Désapprendre c'est reconnaître ce champ cultivé. Logiquement dévasté. Je ne suis pas une saison. Les saisons ne sont pas en mon temps. J'ai chaque mois plusieurs saisons dedans. Suis homme éclaté. Hors ou contre toujours peu. Fragmenté dans le temps. Il faut freiner. Diminuer comme tout passe. Pour être tout entier vivant. Écrire comprendre ça. Comprendre écrire ça. Je me consume aussi. Homme divisé hors de toute attente. Être inattendu que personne ne patiente. Sillonner.

  2015 (extrait)









 

je n'ai


je suis arrivé un peu peiné,
je suis rentré en gêne,
je suis à deux doigts de m'excuser,
je ne sais pas ce que je fais là,
je sais juste que ma voix va devoir sortir,
je suis entré
je me suis assis,
j'ai regardé le publique privé,
je me demande qui attend quoi ou et qui,
je ne sais pas ce que je fais là,
je,
ni pourquoi

je dois passer par là,
bonjour,
tout d’abord bonjour,
de premier abord bonjour,
commençons par nous saluer,

je dis bonjour,
je répète bonjour,
je ne sais pas plus qu'eux,
je n'attend rien devant eux,
je suis là pour lire,
je ne vais pas lire,
je n'ai rien à lire,
je n'ai rien à démontrer,
Je n'ai rien à sacrifier,
Je n'ai rien,

ce que l'on peut lire
on peut le lire,

je n'ai rien à,
je n'ai rien ni,

ce que je porte je l'écris,

je n'ai rien à redire,
je n'ai pas à rejouer,
je n'ai pas,

ici, je
ne suis plus

rôle costume,
celui de l'écrivain qui,
comme le singe grimpe à son arbre
comme le poisson nage,
ou le pneu tourne ou crève,

je n'ai pas de cage,
je me tourne de première nécessité,

de saluer,

je dis bonjour,
(la lecture commence par bonjour)

-êtes vous là, suis-je ici,

assis (les), oui

je vais dire alors que
je n'ai rien préparé, que
je ne suis pas préparé, que
je vais dire alors que
je n'ai rien à lire, que
je vais dire que
je m'excuse, (bonjour)
je n'ai rien à lire,
je vais faire comme si

( comme si les uniformes n'étaient pas que d'assassins )
je vais parler de cette condition éprouvante
de la bête que l'on montre,
je dis qu'il semble que l'on soit tous assis, que
je ne porte pas de costume, que
je suis venu complètement nu, que
je ne suis pas préparé à ça,
je vais parler de mon incapacité à lire devant vous puis
je vais me couper,
je vais couper tout ce qui pourrait s'apparenter à un développement je,

vais tout couper,

vais échouer publiquement,

(ce sera notre lot commun)

je vais essayer de me rendre dans un endroit
inconnu et intérieur,
je serai face à l'inconnu,
je vais dire ce qu'il c'est passé juste avant,
je vais dire le sol que
j'ai foulé pour venir, pour arriver,
je ne vais pas lire ce texte car
je n'ai pas de texte à lire,

(le texte n'est pas préparé)
mais la phrase passe, oui
combien

je n'aurais pas apporté, donc
je ne serais pas préparé à elle,
je ne suis pas préparé à elle en général,
je ne suis pas général,

il y aura de longs silences entre chacune des phrases,
il y aura de longs arrêts pour penser à ce qui vient,
il y aura certainement des individus qui
se lèveront et qui partiront,
ils auront fait le juste choix de partir et de se soulever,

je serai arrivé ici mais
je serai parti aussi soulevé,
je vais évoquer l'idée de partir en cours, l'idée de
je ne vais pas faire figure,
je vais me ridiculiser,
je vais réfuter les attentes possibles et chuter
publiquement probablement,
je ne vais pas endosser la forme figuré du poète
figurant le poète dans sa forme,

qu'il improvise ou qu'il s'apprivoise,
de ne pas faire autre chose que de quitter,

je suis arrivé ici mais ce n'était pas pour lire,
je pourrai cependant venir lire quelque chose, ce
je simple, dire
je pourrais m’asseoir et faire bouger une carcasse
comme ça,

mais

je ne serais pas au plus proche,
je serai probablement déçu d'être venu là,
je serai sûrement insatisfait et très étonné
de ce qui n'a pas eu lieu,
(car rien n'est fait pour qu'il y est lieu)

je dois me quitter

je parlerai des chaises,
je parlerai de l'attention et des voitures qui ne cessent de passer,
(sont elles confortables les voitures qui ne cessent de passer ?)

je n'aurai rien révisé,
j’essaierai d'être juste,
je pourrai essayer d'être au plus prêt de la chose qui me dépasse,
je pourrai mimer cette condition publique privée de fond,
je pourrai m'approfondir des contradictions de la vie rendue,
je ne serais pas vraiment où
je suis ni ce que
je fais,
je serai aussi spectateur comme ce qui me fait
face,
je tâcherai, d'égal à égal,
je en me noyant littéralement dans la honte,
je ne ferai pas d'effort pour ça,
ou dans la boue,
je tomberai comme le temps,
(nous y assisterons )

dans cet espace temps tout ira de mal en pire, et
je n'aurai probablement pas fait semblant,
j'aurai fait perdre de votre temps,
j'aurais fait acte de présence,
je dirai que je suis en grève,
je parlerai de la grève que
je mène puis
je me couperai pour les raisons qui sont celles de la grève,
je ne représenterai rien qu'un présent friable,
je pourrai m'appliquer à rater quelque chose,
je ne sais pas bien pourquoi
je suis arrivé ici,
je suis face à vous, bonjour
je n'ai rien préparé,
je chercherai un moyen,
je chercherai à voix haute le moyen d'y arriver,
je laisserai ma pensée en construction
se défaire directement,
je la laisserai s'échapper,
je viendrai ici pour m'échapper face à vous,
je n'animerai rien,
je commencerai par vous saluer, puis
, déjà
je pourrai essayer de penser à ce qui est en train de se passer
et qui me dépasse complètement,
de ne rien croire,

ce ne sera pas facile,
ni pour vous ni pour moi,

je pourrais ne rien lire, ne rien dire, ne rien mentir,
je pourrai m'en tenir là,
j'évoquerai la possibilité de lire quelque chose, que
je n'aurai pas apporté,
je proposerai de tout repousser, bonjour,
je fais là,
je viendrai ici assis pour constater :

chaise, table, chaises devant, estrade, estrade centrale, micro, chaise, papier, gens assis, bruit, bruit des voitures, bruit du vent, bruit des arbres, chant des arbres contre le vent, bruit des chaises, bruit des voitures, bruit de ma salive intérieure, bruit du temps, goudron, métaux, plastiques, gravier, végétaux, tissus, chaussures, pulls, chemises, maillots, lunettes, casquettes, chapeaux, barbes, coupes, jupes, pantalons, chemisiers, vestes, manteau, parapluies, sacs, casques, roues, toits, pneus, livres, tables, des cris, des gaz, un piétinement, un combat,

je pourrai constater
jusqu'à épuisement du jour,
jusqu'à épuisement de l'encre ou de la voix,
jusqu'à épuisement de vous face à ça,

j'évoquerai l'ennuie, l'attente,
j'évoquerai puis

je couperai court,
je pourrai souffler, éternuer, prendre du recule,
me reculer, me retraiter,
je pourrai très bien ne rien dire et vous regarder,

regarder la gêne que nous partagerions
dans le silence et l'attente,

j'en suis arrivé là,

il n'y aura

pas de spectacle,
pas de pouvoir,
.

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2014 ( ou 2015 )